Saint-Joseph-du-Lac, le Pays de la pomme

Au début du 19e siècle, la majorité des terres de Saint-Joseph-du-Lac était consacrée à l’élevage de petits troupeaux de vaches. Les agriculteurs cultivaient la fève, le blé d’Inde et les petits fruits, comme la fraise et la framboise. Tous possédaient également leur potager pour subvenir aux besoins de la famille.

La plantation de pommiers s’accomplit graduellement dans les portions de terrains moins propices à la culture traditionnelle. Le changement de vocation des terres débute lentement. Certains propriétaires plus hasardeux se convertissent à la culture de la pomme plus rapidement que d’autres. Mais pour tous, l’incertitude financière demeure un point crucial, car une nouvelle culture oblige un changement de machineries agricoles.

Progression constante des pommiers

Les succès obtenus avec la culture de la pomme depuis 1880 incitent les cultivateurs joséphois à multiplier la plantation des pommiers. Entre 1891 et 1931, le nombre d’acres consacrés aux vergers triple, atteignant 1160 acres. Ainsi, au niveau des espaces réservés aux vergers, Saint-Joseph-du-Lac dépasse toutes les autres paroisses réunies du comté de Deux-Montagnes.

L’historique de la pomiculture

Dans le comté de Deux-Montagnes, la culture de la pomme est particulièrement florissante dans quatre municipalités : Oka, Saint-Joseph-du-Lac, Saint-Benoît et Saint-Eustache. Parmi elles, c’est toutefois à Saint-Joseph-du-Lac, où la pomme est depuis plusieurs décennies la principale production agricole, que nous comptons le plus grand nombre de vergers.

L’institut agricole d’Oka, faculté de l’Université de Montréal, tout en formant plusieurs générations de médecins vétérinaires, a enseigné les sciences agricoles et agronomiques jusqu’en 1962. Les progrès effectués par la pomiculture dans notre région sont donc étroitement liés aux renseignements et aux données techniques que les producteurs de notre comté allaient puiser à la source des connaissances agricoles que la science agronomique mettait au point à l’institut agricole d’Oka. Les concours organisés par le titulaire de la culture fruitière ont contribué, en créant une émulation entre les pomiculteurs à améliorer les conditions des plantations de pommiers.

Avant 1911, les pomiculteurs joséphois se spécialisaient principalement dans la production de la « Fameuse », une pomme très appréciée à l’époque. Puis, la « McIntosh » obtient rapidement la faveur des pomiculteurs locaux. Nous pouvons dire que les pomiculteurs d’avant 1900 ne bénéficiaient pratiquement d’aucune aide technique. La plupart des vergers provenaient beaucoup plus de semis que de greffes. Avant l’avènement de la « McIntosh », les pomiculteurs s’enorgueillissaient de posséder un très grand nombre de variétés de pommes caractéristiques. Cette pratique était encouragée par les expositions régionales et leurs différents concours.

Dans notre région, les années 1910 marquèrent pour la pomiculture une étape très importante. Depuis 1897, les diplômés de l’institut agricole d’Oka ont contribué par leurs judicieux conseils à favoriser l’essor de la pomiculture. La découverte de la « McIntosh » gagnait la faveur du marché grâce à ses exceptionnelles qualités. À partir de cette date, la culture s’intensifia à un rythme qui n’a cessé de croître.

La culture du pommier s’intensifiant, les producteurs durent recourir à des méthodes qui leur permirent de contrôler et de diminuer les dommages causés à leurs récoltes par les concentrations d’insectes et les maladies qu’amène la densification d’une culture donnée. C’est ainsi que de 1910 à 1915, apparurent les premières arroseuses à traction animale qui ne cessèrent de s’améliorer pour en arriver aux machines que nous connaissons aujourd’hui. Les succès obtenus grâce à ces nouvelles méthodes firent en sorte que, à compter des années 1920, l’on peut constater dans toute la région pomicole de notre comté un essor formidable. Les plantations s’agrandirent, la nouvelle variété « McIntosh » fit disparaître un nombre considérable d’autres variétés devenues moins populaires. Même la variété « Fameuse » qui, pendant de nombreuses années, avait joui de la faveur des consommateurs était de moins en moins en demande. En 1920, la « McIntosh » représentait 3 % des ventes de pommes dans la province de Québec et la « Cortland » 50 % des ventes.

Le gel d’hiver 1933 mit fin en pratique à la « Fameuse », cependant la « McIntosh » allait prendre la place. Au début des années 1980, nous ne pouvons compter sur une nouvelle variété pour compenser les dommages subis à cette variété lors de l’hiver 1981. Par contre, ces conditions intensifièrent la recherche de nouvelles variétés et favorisèrent le remplacement des pommiers de type standard par les pommiers nains et semi-nains. Vers les années 1930, la vulgarisation des nouvelles techniques d’arrosage, de fertilisation et de taille contribua à favoriser le développement de cette culture. L’augmentation considérable de la récolte orienta les recherches au cours des années 1940-1950 vers la mise en marché. On devrait désormais tendre vers un écoulement plus rationnel de la production en allongeant la période de conservation des fruits et en améliorant les méthodes de mise en marché. C’est à cette époque qu’apparurent les premiers entrepôts frigorifiques, qui, depuis, n’ont cessé d’augmenter leur capacité d’entreposage.

L’entreposage sous atmosphère contrôlée permet de prolonger davantage la période de vente.

La dimension des pommiers et l’excellente qualité de leurs fruits nous permettent de dire que les facteurs naturels existant dans notre région conviennent admirablement bien à cette culture et que les méthodes employées sont d’une rare efficacité. Toutes ces nouvelles méthodes et l’augmentation de la demande ont fait en sorte que cette monoculture est devenue économiquement avantageuse pour plusieurs producteurs.